CaMiLLe

Ce n'est pas moi qui ai fait les voyages, c'est les voyages qui m'ont fait...

13 septembre 2007

Je realise mon occidentalite

La maman de Forrest Gump avait raison : la vie c’est comme une boite de chocolat, on sait jamais sur quoi on va tomber. En voyageant ici, je prends conscience de beaucoup de chose, que je savais déjà, mais que je réalise encore mieux : en naissant en France, dans la famille que j’ai, en grandissant a Paris, dans un univers plein d’amour et de joie, j’ai ouvert la meilleure des boites.

Depuis quelques semaines, j’observe autour de moi, en Thailande, puis au Laos, puis  au Vietnam et plus que jamais au Cambodge. Je vois les locaux, leur mode de vie et je me dis que j’ai de la chance, tant de chance d’être née la bas, si loin pour eux de leurs habitudes, de leur style de vie. Je les vois travailler souvent dur, très jeunes et très vieux aussi. Je vois les enfants vendre de tout et de rien dans la rue, les femmes porter des kilos de marchandises sur leurs épaules. Je vois les endroits insalubres dans lesquels ils vivent et je me rend compte a quel point j’aime mon mode de vie en France et tout ce que ça implique. Je réalise aussi l’importance de l’éducation et l’opportunité que l’on a tous de pouvoir en France aller a l’école pendant que beaucoup d’autres n’ont même pas ce choix.

J’ai tire le gros lot a la loterie démographique. J’ai grandi dans un pays européen en paix, avec ses coutumes. Il fait bon vivre, la ville est moderne, le niveau de vie élevé, l’air est (presque) pur. Chez moi, ça sent bon, et j’ai le frigo (presque) toujours plein. 
Mon mode de vie en France n’a aucun sens ici. Je me pose des questions, je crée des problèmes la ou il n’y en a pas. J’aurai appris a relativiser beaucoup ici, encore plus que lorsque j’ai quitte l’Australie. Faire des montagnes d’un détail sans importance, ressasser toujours les mêmes futilités, dramatiser une mauvaise expérience etc… Dans ces moments la, je tenterai de me remémorer certains lieux, certains visages que j’ai croise ici pour rééquilibrer la balance dans l’importance des choses et apprendre un nouveau sens des priorités.

Nos cultures sont très différentes et je m’en rends souvent compte rien que par nos gestes. Ici, toucher la tête de quelqu’un, pointer du doigt une personne ou un bouddha est très impoli. En revanche, remonter ses glaires et cracher ses poumons dans la rue est bien commun. Pour remercier, un sourire et un ซ merci ป ne sont pas les coutumes. On joint la paume des mains au niveau du visage ou de la poitrine et on s’incline légèrement vers l’avant. De même, on enlevé nos chaussures avant d’entrer dans les temples, les hôtels, les magasins, les restaurants parfois aussi. Les moines sont très bien considérés et une femme  ne doit en aucun cas avoir un contact physique avec eux même si ça veut dire les taper sur l’épaule pour les interpeller.

Je suis consciente de la chance que j’ai de pouvoir voyager dans ces pays pour si peu d’argent. Je réalise cette inégalité entre moi et eux.  Moi qui, avec quelques semaines d’économie peut vivre aisément plusieurs mois au Cambodge, tandis qu’eux n’ont même pas la possibilité de sortir de leur région, tout est bien trop cher dehors. Je comprends alors qu’ils voient en moi, en nous, touristes européens une source de revenu, un espoir de s’enrichir un peu sur notre dos, en nous faisant payer des courses de taxi 3 fois plus cher ou acheter des souvenir le triple de leur valeur.
Ça explique cette désagréable sensation d’être un dollar sur patte, même si je déteste ce sentiment. Lorsque je tend une pièce, qui ne vaut rien pour moi, a un enfant, je suis remboursée puissance mille par son regard incrédule et son sourire reconnaissant.

Je me surprend parfois a me sentir mal a l’aise face a eux tout simplement car je suis européenne et pas eux. J'ai la peau blanche donc j'ai de l'argent, c'est le shema qui se dessine dans leur tété devant nous. Lorsque l’on débarque dans un village assez pauvre et par la, j'entends surtout au Cambodge, on renvoie toujours l’image des petites touristes  baladant leur ordinateurs portable dans leur sac, et qui viennent voir la pauvreté de leurs yeux. J’ai l’impression de faire du voyeurisme sans rien leur apporter, si ce n’est leur acheter quelque chose ou leur donner un peu d'argent. Mais en même temps, dans ces cas la, on se sent complètement inutiles et surtout impuissants. On attise la curiosité, les gens nous regardent de haut en bas et, comme un porte monnaie sur patte, tentent de nous vendre n’importe quoi.  Les vieillards, les femmes enceintes, les mutiles, ils attendent tous devant le marche, RDV des touristes (qui ne sont, tout de même pas très nombreux a Phnom Penh). Lorsque l'on dit non, ils nous insistent espérant que l'on cède a l'usure.
Les enfants surtout car ce sont les plus mignons, ce sont ceux qui nous font craquer, nous suivent, et dans la même voix monocorde nous demande un billet. Je ne résiste jamais, mais ils ne sont pas seuls et en donnant a l'un, comment ne pas donner aux autres?

Bref, 10 jours au Cambodge, un séjour très court mais qui je n'aurais pas étendu si j'en avais eu le choix. C'est trop dur de voir ça tous les jours, ça me fait beaucoup de peine, ça me fait culpabiliser aussi certainement. Pourtant, ce n'est pas moi qui subis, c'est eux et c'est justement ça que je ne veux plus voir. Je préfère être ailleurs, voir autre chose, même si je sais que ça existe. Le côtoyer, c'est moralement épuisant.

Posté par camillebestoso à 18:09 - ARTICLES : Mes idees, mes impressions... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je te comprends parfaitement - j'ai ressenti la même chose en voyageant dans ces pays
Bious et bonne route

Posté par Nanou, 14 septembre 2007 à 04:34

Mêmes sensations initialement, en ce qui me concerne, quand je voyage dans ce genre de pays pauvres.
Toutefois, pour ce qui est de l'argent et de la valeur des choses, un des moyens que j'ai de "justifier" une "négociation" de prix pour un tuk tuk ou un morceau d'ananas est de prendre en compte, dans le pays, certaines valeurs relativement bien établies.
Par exemple, en Thaïlande, une course en taxi à Bangkok peut coûter 50 baths. Il me semble foncièrement inacceptable de payer le même prix (voire plus) pour la même course en tuk tuk. Ce serait dégrader le revenu du taxi dont les frais d'entretien, d'achat du véhicule,... sont largement supérieurs à ceux d'un tuk tuk.
C'est plus la valeur du service rendu par le taxi qu'il faut protéger et mettre ainsi l'autre moyen de transport à un niveau plus représentatif de la réalité du pays.
Malgré tout, je suis toujours ok pour payer légèrement plus que les autochtones, car, comme tu le dis parfaitement, ça ne représente pas grand chose pour nous et tellement pour eux.

Bonne continuation
A+
knarf ;o)

Posté par knarf, 14 septembre 2007 à 18:17

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